Depuis plusieurs mois, l’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux concentre toutes les attentions. Revalorisation des actes, nouvelles majorations, évolution du BSI, consultation infirmière, remplacement, zonage… Les négociations ouvertes en 2025 auront un impact direct sur l’organisation et l’économie de la profession.
Début 2026, une chose est claire : les discussions ont avancé, mais elles révèlent aussi les tensions persistantes entre les attentes du terrain et les propositions de l’Assurance Maladie. Selon plusieurs sources professionnelles, la signature de l’avenant était visée autour du 31 mars 2026, sans qu’un texte définitif soit encore publié ou opposable.
Pour les IDEL, la question principale reste concrète : quels effets réels cet avenant aura-t-il sur leur facturation ? Derrière les négociations, il s’agit de comprendre l’impact sur la valeur de l’AMI, les majorations, les règles de cumul du BSI et certaines restrictions de cotation.
Contexte et lancement des négociations
La première réunion officielle de l’avenant 11 s’est tenue le 7 juillet 2025. Trois syndicats représentatifs (FNI, Sniil, Convergence Infirmière), la CNAM et l’UNOCAM étaient présents. L’objectif initial : aboutir à une signature d’ici novembre 2025, après quatre séances plénières et des groupes de travail successifs.
La lettre de cadrage du ministère prévoyait :
- La revalorisation des actes (AMI, IFD, BSI)
- La valorisation de la consultation infirmière et du rôle d’infirmier référent
- La réorganisation du zonage et du remplacement
- L’évolution du modèle économique pour les IPA et l’accès direct
- L’amélioration des conditions d’exercice, avec une attention particulière à la charge administrative
Cependant, l’instabilité gouvernementale, les restrictions budgétaires et les tensions syndicales ont bouleversé le calendrier et les équilibres, retardant l’avancée concrète des mesures.
Premiers points de tension : zonage, remplacement et démographie
Le remplacement est rapidement devenu un point de friction majeur. L’Assurance Maladie souhaite limiter sa durée dans les zones sur-dotées et basculer les remplaçants vers un statut salarié au bout de 12 mois. Les syndicats dénoncent un risque de fragilisation de la continuité des soins et une atteinte à la liberté d’exercice.
Pour le Sniil, le remplacement doit couvrir toutes les indisponibilités, et non seulement les congés maladie ou maternité. La FNI et Convergence Infirmière insistent pour que ces règles s’appliquent sur l’ensemble du territoire afin d’éviter toute stigmatisation ou déséquilibre local.
Ces discussions montrent combien la gestion de la démographie et du remplacement reste sensible et stratégique pour la profession.
Les enjeux économiques : AMI, BSI et revalorisation
Depuis quinze ans, la rémunération des IDEL n’a pas suivi l’évolution de leurs responsabilités ni l’augmentation de leurs charges (carburant, matériel, administratif, inflation). La revalorisation de l’AMI est donc une priorité.
L’Assurance Maladie propose actuellement une hausse symbolique de 0,10 €, jugée insuffisante par les syndicats. La FNI revendique une augmentation de +0,30 € pour obtenir un impact significatif sur les revenus annuels. Même quelques centimes peuvent transformer le budget d’un cabinet : sur une base de 35 000 € d’AMI, une augmentation de 20 centimes représente 2 000 € supplémentaires, 30 centimes, 3 000 €.
Le BSI reste également au cœur des débats. Conçu pour mieux rémunérer les prises en charge lourdes, il est pour l’instant limité à un périmètre restreint. Les syndicats demandent un BSI majoré pour les patients les plus dépendants, reflétant enfin la réalité du travail des IDEL.
D’autres mesures économiques envisagées :
- Évolution de l’AMI “autre pansement”
- Majoration MSG pour les BSC avec score SEGA élevé (25 à 40 % des patients concernés)
- Cumul à taux plein des actes du diabète avec un forfait BSI
Ces ajustements, bien que modestes individuellement, traduisent une volonté d’aligner valorisation et charge réelle.
Nouvelles missions et risques associés
L’avenant 11 prévoit aussi la reconnaissance officielle de :
- L’infirmier référent pour le suivi coordonné des patients en ALD
- La généralisation de la consultation infirmière en accès direct
- L’évolution du statut et de la rémunération des IPA
Toutefois, la profession s’inquiète d’un transfert de charges sans compensation : les IDEL craignent que ces missions supplémentaires soient attendues à budget constant, sans réel soutien économique.
Fissures syndicales et frictions politiques
Les négociations, prolongées au-delà de décembre 2025, peinent à aboutir. Le front syndical est parfois divisé sur :
- Modalités du remplacement
- Place des IPA
- Règles de zonage
La FNI menace de mobiliser en cas d’absence d’accord ; le Sniil plaide pour l’unité syndicale ; Convergence Infirmière lance une pétition pour défendre le rôle infirmier. L’exigence d’une signature unanime pour l’application rapide de l’avenant ajoute une pression supplémentaire.
L’instabilité du ministère et les arbitrages budgétaires post-PLFSS compliquent encore la feuille de route.
Perspectives début 2026
À l’aube de 2026, l’avenant 11 n’a toujours pas été signé. Les attentes des IDEL restent fortes :
- Une revalorisation pluriannuelle claire et ambitieuse
- Une vraie reconnaissance financière des nouvelles missions
- Un remplacement sécurisé et conforme aux réalités du terrain
- Un accompagnement économique adapté aux spécificités libérales
- Une régulation démographique juste pour ne pas pénaliser certaines zones
En résumé, les IDEL doivent suivre de près l’évolution du texte, comprendre quels actes seront mieux valorisés, quelles majorations seront appliquées et quelles restrictions de cotation pourront limiter les gains. L’avenant 11 promet de remodeler en profondeur la facturation et l’organisation des cabinets libéraux.
Conclusion
L’avenant 11 pourrait enfin apporter des améliorations concrètes pour la profession, mais le chemin reste semé d’embûches. Entre revalorisations symboliques, nouvelles missions et négociations au point mort, les IDEL doivent rester vigilantes et informées. Ce texte, une fois signé et publié, pourrait être un tournant pour l’équilibre économique et la reconnaissance réelle de leur métier.

